Accueil Date de création : 31/08/07 Dernière mise à jour : 19/02/10 18:29 / 443 articles publiés
 

DOCUMENTAIRES

Interview Dina  (DOCUMENTAIRES) posté le mardi 23 octobre 2007 11:58

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Roubi (Ruby) contre Carioca  (DOCUMENTAIRES) posté le mercredi 24 octobre 2007 09:30

D'après l'Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi  AL-AHRAM

 

Danse orientale . Grâce aux vidéoclips, elle est de plus en plus pratiquée avec des gestes lascifs sans se soucier des véritables règles qui en font l’authenticité et lui permettent d’être un rite de joie dans la vie des Egyptiens.

 

Lors d’un rassemblement familial, Névine demande à sa fille Farida, deux ans à peine, de danser. Une coutume dans beaucoup de familles qui applaudissent pour encourager les premiers pas de danse de leurs enfants. Névine est stupéfaite de voir sa fille danser en roulant les hanches à la Roubi, cette sulfureuse chanteuse qui fait scandale dans les vidéoclips. Un spectacle qui se produit généralement dans les foyers où la danse est considérée comme une manifestation d’allégresse. D’ailleurs, beaucoup de mamans assurent que le seul moment d’accalmie, c’est quand leurs enfants regardent des vidéoclips de Rouby et d’autres chanteuses à la mode, comme Haïfaa et Nancy Agram pour lesquelles les coups de reins sont un complément indispensable de leurs chants. Face à ces shows, ils restent ébahis, muets comme des carpes, et c’est pour eux un vrai moment de bonheur et de réflexion aussi : comment mimer ces jolies créatures ? Mais y a-t-il du nouveau dans cette attitude ? Un adage dit qu’une Egyptienne sait spontanément danser dès sa naissance. La société a toujours considéré la danse orientale comme un rite de joie, même si elle est jugée parfois pas trop respectable. Mais somme toute, ce qu’il y a de nouveau, c’est que beaucoup de mouvements du genre qui fait actuellement fureur ne sont pas basés sur des techniques bien déterminées et comportent des gestes parfois provocants, un peu différents de la danse orientale classique.

Zizi Moustapha, une star de la danse, ironise : « Ce n’est plus de la danse orientale, si ce genre de mouvements provocants est appelé ainsi ». Et la danseuse Fifi Abdou ne cesse de répéter, elle aussi, qu’il n’y a plus aujourd’hui de danse orientale.

Pour se ressourcer, elle se met à voir de vieux films montrant Tahiya Carioca, Samia Gamal, Soheir Zaki en train de danser. Raqia Hassan, ancienne danseuse encore sollicitée, voyage à l’étranger pour enseigner les techniques de cette danse. Elle assure que la danse orientale est un art qui a ses règles. « La danseuse doit bouger plusieurs parties de son corps selon des règles déterminées loin de toute provocation ou exotisme. Aujourd’hui, ce sont des filles aux corps superbes, qui bougent dans tous les sens, sans aucun entraînement. Elles n’ont rien d’autre à offrir que de provoquer l’assistance avec des clins d’œil ou des gestes érotiques. Ce n’est plus de l’art, mais plutôt un commerce qui transgresse nos mœurs. Je ne sais pas pourquoi on ne leur interdit pas de se produire », explique Raqia, tout en ajoutant qu’elle ne trouve pas d’inconvénient à ce que des danseuses ajoutent quelques touches personnelles au cours du show, mais avec des gestes gracieux et sans s’éloigner de ce qui fait la spécificité de la danse orientale. Pour elle, la danse est un langage universel. « Un pas en avant, un autre en arrière, une belle pirouette, comme le fait Nagwa Fouad. Elle a même rénové le costume de danse, a introduit le système de la chorégraphie et imposé l’entraînement », poursuit-elle.

Et dans sa maison à Doqqi servant de salle de danse de temps en temps, Raqia accueille parfois des collègues de l’art comme le danseur et entraîneur de la troupe Réda, Hamada Hossameddine, qui intervient dans la discussion avec beaucoup d’entrain.

« La danse est un métier laborieux, qui nécessite des aptitudes physiques, de la souplesse, de l’endurance, de la pratique, une oreille musicale ... Ce n’est pas n’importe qui qui peut faire de la danse. Cependant et avec le temps, certains changements peuvent se produire comme cela se passe dans le domaine de la chanson. Et insérer quelques pas occidentaux est possible, si ce choix se fait au quart de poil pour rester fidèle à la danse orientale », dit Hamada en ajoutant que certains, qui veulent opérer des changements, s’inspirent de l’Occident sans se soucier des aspects folkloriques qui nous distinguent. « Comment oser présenter un spectacle où les artistes portent une tenue nubienne et dansent du rap ? », s’insurge-t-il, en citant l’exemple de la danse hindoue que l’on peut distinguer, même si le chorégraphe s’est inspiré d’une technique occidentale.

Selon lui, la situation de la danse n’est que la conséquence de ce qui se déroule sur la scène artistique. Une période de stagnation. Ajoutées à cela des conditions qui n’encouragent pas un bon enseignement de la danse orientale. « Comment pourrait-on le faire alors que l’on n’accorde aucune autorisation pour ouvrir une école de danse orientale, même si certains le font en utilisant d’autres appellations : salon de beauté, salle de gymnastique, ou de ballet. On s’intéresse à la danse classique, la Salsa ou Samba et on se fiche de notre art », assure Raqia, tout en rappelant le grand intérêt que portent les Etats-Unis, l’Angleterre et d’autres pays européens pour la danse orientale. Elle précise que les écoles de danse orientale prospèrent ailleurs et sont considérées même comme un soutien psychologique, tandis qu’en Egypte cela reste toujours un tabou. « Alors qu’à la télévision, on autorise la diffusion de plusieurs styles de danses qui ne respectent pas souvent nos convenances. Sauvegarder l’art de la danse orientale semble un défi difficile à réaliser », commente-t-elle.

Et le sort des troupes folkloriques comme celle de Réda en est la preuve, puisque le gouvernement ne leur accorde aucun intérêt, comme l’assure Hamada qui regrette que la salle de théâtre Al-Ballon, supposée présenter ce genre de spectacles, est désertée. Il explique : « Le ministre de la Culture n’a jamais assisté à un spectacle de danse folklorique. Les responsables de l’art populaire sont des fonctionnaires et non pas des spécialistes comme le fut Mahmoud Réda. Ils ne s’intéressent pas à promouvoir la danse et se soucient peu du niveau des danseurs et danseuses, sous prétexte qu’il n’y a pas assez de budget, ou avancent d’autres raisons bureaucratiques », explique Hossameddine.

Une question s’impose : qui peut enseigner les règles de la danse et préserver ses techniques ?

Jadis, il y avait de célèbres entraîneurs comme Ibrahim Akef et Ahmad Abdel-Halim. Aujourd’hui, c’est le hasard qui fait que l’on découvre des personnes talentueuses. « Ce sont ceux qui ont étudié le ballet ou l’art populaire qui poursuivent le chemin afin de prouver leurs compétences », assure Raqia, qui précise que sur la scène, il ne reste que quelques danseuses, comme Dina qui n’a pas de concurrente depuis des années.

 

Un art à préserver

Un problème qui préoccupe les amateurs de cet art comme Adel Abdo, chorégraphe. Il fait un mélange entre le folklore et la danse moderne. Cependant, il refuse de participer à des clips depuis plusieurs années. Il dénonce ce genre d’évolution dans la danse. « La danse ne doit pas être utilisée comme moyen de provocation. Nous avons vu Soheir Zaki et Naïma Akef danser avec des gestes et des pas bien étudiés, une technique précise sans provocation. Aujourd’hui, n’importe qui peut faire de la danse. Il faut que le Syndicat des cinéastes impose des restrictions sur les producteurs. Il est temps de recourir à des spécialistes afin de sauvegarder notre culture », explique-t-il, tout en jugeant que ce qui est présenté dans ce genre de clips est loin de respecter les règles de la danse orientale. Lui, qui cherche aujourd’hui des conditions plus favorables à l’étranger afin de présenter une chorégraphie exécutée par sa troupe privée, suggère qu’un festival soit organisé pour la danse orientale comme c’est le cas pour la musique arabe. « Former un comité composé de spécialistes de la danse et de vieilles danseuses pour juger les pratiquants, les orienter, et distinguer le bon du mauvais. Or, nous aurons de millions d’autres Roubi car certains enseignent la danse tout en faisant deux pas par ici deux autres par là sans avoir de référence ou d’expérience professionnelle », explique Abdo, qui préfère aujourd’hui participer à des festivals internationaux. « Ici je me trouve parfois obligé de pésenter des œuvres qui ne me plaisent pas, ou ne respectent pas parfois les règles de l’art folklorique », assure-t-il.

Et si certaines écoles de danse ouvrent leurs portes aux Egyptiennes sous d’autres appellations, ce n’est pas pour former des professionnelles, mais plutôt pour le plaisir, comme c’est le cas d’un centre de beauté à Madinet Nasr, où des cours de danse sont donnés. « Chez nous, les filles voilées viennent pour apprendre la danse orientale uniquement pour leur propre plaisir, et c’est une femme qui les entraîne », dit la responsable du centre.

Mais dans les vidéoclips, c’est parfois la vision du réalisateur ou les suggestions de la chanteuse qui comptent et souvent on n’a pas recours à des chorégraphes.

Yasser Sami, réalisateur de vidéoclips, rétorque que le clip est une présentation de l’audio par une scène vidéo, alors il faut toujours utiliser une nouvelle forme basée sur une idée précise. Selon lui, il faut qu’il y ait une sorte de récit en arrière-plan pour utiliser une danse dans une chanson. « Certains réalisateurs n’ont pas assez de qualifications ou manquent d’expérience et cherchent la facilité », dit Sami, qui regrette d’avoir réalisé un clip provocant même s’il a eu beaucoup de succès.

Et si Sami pense qu’il faut bien exploiter la danse dans les clips, d’autres ne se gênent pas de présenter jour et nuit des danses assez sexy qui n’ont rien avoir avec le véritable art. Conséquence : des dizaines de filles de la génération de Farida grandiront avec une idée assez vague de la danse égyptienne. Une conception qui déplaît à Hamada Hossameddine, qui insiste pour dire que la danse orientale est un héritage culturel qui ne doit pas disparaître. Pour lui, c’est une mauvaise passe et « la danse avec ses codes et techniques restera éternelle comme les chansons d’Oum Kalsoum et Abdel-Halim ». Mais faut-il oublier que la danse orientale a toujours eu cet aspect plus ou moins érotique ? C’est plutôt une question de mesure.

Doaa Khalifa

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Dina  (DOCUMENTAIRES) posté le mercredi 24 octobre 2007 11:50

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Dina  (DOCUMENTAIRES) posté le mercredi 24 octobre 2007 12:04

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Les danseuses étrangères en Egypte  (DOCUMENTAIRES) posté le lundi 29 octobre 2007 09:31

 

 photo Dina: Mohsen Allam

Scène privée d'après extrait de La Revue d'Egypte

 par   M.K.

Depuis l’interdiction des étrangères, comment se porte la danse orientale?

«Un jour l’Égypte sera un pays exportateur de danseuses orientales», cette idée n’est pas une plaisanterie, mais l’opinion répandue dans les années 70, âge d’or de la danse du ventre en Égypte. Aujourd’hui pourtant, beaucoup sont originaires de Russie ou d’Amérique latine, de France parfois aussi. Elles portent des noms arabes, Soraya, Ketty, Nour, Layla. Certaines ne parlent pas vraiment l’arabe, mais savent déchiffrer une partition et connaissent le langage du corps, qui dépasse toutes les barrières culturelles.

 
Les spectacles de danse du ventre sont moins fréquents désormais lors des mariages.

Une mesure protectionniste?

 

"Après la chute de l’URSS, les filles de l’Est se sont dirigées vers l’Égypte et les pays arabes à la recherche d’un travail. Leur salaire relativement modeste a encouragé les troupes de danse à les accepter, surtout qu’elles sont d’une beauté exceptionnelle. En plus, la censure ne leur imposait pas de limites strictes concernant leurs costumes comme celles que l’on exige des Égyptiennes», explique Ihab Gad, chorégraphe. Passionnées de danse du ventre, elles ont profité de la baisse du nombre d’artistes égyptiennes. D’après les chiffres de la Censure, le nombre total des danseuses orientales est en effet passé de 5200 à la fin des années 80 à 2300 en 2004. Selon la même source, 32% des danseuses qui travaillaient jusqu’alors sur le marché étaient étrangères.

 
TrÈs médiatisée, l’affaire Dina-Abou El Foutouh a porté préjudice aux danseuses.

Aujourd’hui, le ministre de la Main d’uvre et de l’immigration leur interdit de pratiquer ce métier. Cette décision, entrée en vigueur en décembre dernier malgré la fronde des danseuses étrangères, a été approuvée par la cour administrative suprême. «Interdire certains métiers aux étrangers fait partie des pouvoirs du ministre de la Main d’uvre, estime Madkour Sabet, directeur de la Censure égyptienne. Même si la censure leur a délivré une licence de travail, la nouvelle loi les oblige désormais à avoir en plus le permis du ministère de la Main d’uvre et du bureau des visas.» Sur le plan légal, il semble que les conditions soient réunies pour pousser les étrangères au départ.

Mais parallèlement, cette nouvelle procédure a sérieusement compliqué les démarches et a découragé de nombreuses Égyptiennes. «Elles doivent suivre des mesures compliquées avant d’avoir une licence de travail, verser 20% de leur salaire à la caisse du syndicat des métiers artistiques pour une licence de danse. Aurait-on honte de ce métier? Cette loi vise apparemment à soutenir la danse mais elle aura, en fait, de mauvais impacts sur ce métier qui souffre déjà d’un manque cruel de danseuses» s’interroge Nagwa Fouad, aujourd’hui à la retraite. Même son de cloche chez Kitty, une Française qui habitait au Caire depuis six ans et y pratiquait la danse du ventre. «Je n’ai jamais eu de problèmes avec mes collègues égyptiennes, et puis c’est difficile de leur faire de l’ombre: elles sont très peu nombreuses. Cette mesure ne vient pas d’elles, si il n’y a plus de compétition, il n’y a plus de passion, comme dans un sport de haut niveau. Ce qui nous anime toutes, c’est cet amour de la danse.»

 
Des almées qui n’ont parfois d’oriental que l’art maÎtrisé de la danse du ventre.

Selon Mervat Zaza au contraire, ancienne de la troupe populaire Réda et professeur de danse: «l’invasion du milieu artistique par ces danseuses étrangères a minimisé les chances de travail des Égyptiennes. Elles sont choisies pour leurs salaires réduits et leur obéissance, contrairement à une danseuse égyptienne, qui une fois qu’elle est connue commence à poser ses conditions et à briser les contrats de travail. De plus, ces danseuses profitent d’un autre avantage puisqu’elles ne paient pas les mêmes frais au syndicat des artistes. Il est temps de céder la place aux danseuses égyptiennes. Si les autorités acceptent de former un syndicat, tous ces problèmes seront certainement réglés.» Cette idée de syndicat des danseuses, une idée qu’avait lancée la star Fifi Abdou, était en effet un moyen de préserver cet art et d’organiser les conditions de travail des artistes. Mais il est régulièrement refusé par l’Assemblée du Peuple.

Une image qui brûle

 
Dina, reine de la scÈne, est l’une des rares Égyptiennes à pouvoir vivre de son art.

L’Égypte traverse aujourd’hui une crise des vocations, peut-être en raison de la désaffection du public, mais pas seulement. Dans tous les milieux, le manque de danseuses de nationalité égyptienne a peu à peu modifié les habitudes lors des fêtes de mariage, autrefois lieu de prédilection des spectacles de danse du ventre. «De nos jours, les gens préfèrent y renoncer. Personne ne prive les étrangers de travailler ici en Égypte, mais la danse orientale est un art populaire qui ne doit être présenté que par des Égyptiennes. D’une manière générale, si la danse orientale est en décadence, cela est dû à la tendance des gens qui optent pour les sonorisations avec animateur. Je me rappelle que, jusqu’aux années 80, la danse était un temps fort des noces», indique Hassan Akef. «Si la danseuse étrangère possède une bonne technique, il lui manque toujours quelque chose» estime quant à elle Wafaa Badr, jeune artiste égyptienne.

Pour Rakia Hassan, ancienne danseuse et organisatrice d’un festival international de danse, les compétences ne sont pas à remettre en cause. «La danse orientale a aujourd’hui plus de succès et de valeur à l’étranger que dans le pays qui l’a vue naître, regrette-elle. En effet, c’est le regard que porte la société sur la danseuse qui menace de plus en plus ce métier, nous traversons un moment de crise, le nombre d’Égyptiennes ne cesse de diminuer». La mauvaise réputation des danseuses est l’une des raisons principales du désamour du public: «La société porte sur nous un regard négatif; nous incarnons une femme aux murs légères qui séduit les hommes mariés. Ce regard n’encourage pas les Égyptiennes à être danseuses» explique Wafaa Badr. Soheir Zaki, star des années 70, nuance ce propos: «Le regard négatif envers la danseuse existe depuis toujours. Cette décision est une conséquence de l’arrestation de deux danseuses étrangères qui pratiquaient la prostitution. Et en même temps trois Russes ont quitté le pays sans payer 5 millions de L.E. aux impôts.»

«Je me rappelle que pendant la présidence de Sadate, le courant islamiste intégriste avait réussi à décider l’Assemblée du Peuple à interdire la diffusion à la télévision des spectacles de danse orientale. C’était à la fin des années 70, début 80. Aujourd’hui encore, le gouvernement interdit de former un institut pour la danse, sous prétexte que ces instituts sont contre la moralité apprenent aux filles à dévoiler leur corps. La plupart des gens ici considèrent la danse orientale comme l’art de la prostitution. Je ne suis pas pessimiste mais la situation sera plus grave après cette décision», ajoute-elle. En effet, la disparition progressive de l’enseignement de la danse du ventre condamne inexorablement les prochaines générations. Depuis, Dina, Fifi Abdou, Hendeya, Lucy, trois ou quatre grands noms de la danse seulement occupent le devant de la scène, preuve de l’absence d’effectif, mais aussi du manque de professionnalisme du milieu. Pour Rakia Hassan, qui donne actuellement des cours particuliers aux amatrices, «l’absence d’écoles de danse est l’une des causes principales de cette récession. La loi interdit d’ouvrir des écoles de danse. Pourtant plusieurs pays arabes respectent cet art, comme les Émirats arabes unis et le Liban. L’étude académique de la danse est très importante pour situer l’artiste dans la société. Comment encourager les Égyptiennes à pratiquer ce métier si on le souille par la disgrâce et la honte?» Récemment, la diffusion clandestine d’un vidéo entre une danseuse à la réputation sulfureuse, Dina, et le célèbre concessionnaire de voitures Abou El Fotouh a certes quelque peu contribué à ternir l’image de la danse orientale et de ses adeptes.

En attendant une improbable solution pour préserver cette culture de la danse du ventre, artistes et producteurs s’inquiètent du manque d’effectifs locaux. «La danseuse égyptienne comprend mieux la sensualité du style oriental, un atout qui manque aux danseuses étrangères. La danse est une sensation plus qu’une technique à suivre. Cependant, des danseuses étrangères telles Kitty la Française et Nour la Russe ont pu atteindre ce degré d’excellence. Avec l’application de cette loi, le nombre de danseuses égyptiennes de première classe ne sera pas suffisant pour répondre à la demande. Nous aurons toujours besoin d’importer des danseuses» estime Ihab Gad. Hassan Akef, entrepreneur de mariage et régisseur, soutient lui l’interdiction de scène aux étrangères, malgré les risques de fuite des ventres: «Les touristes admirent plus la danseuse égyptienne. Un Américain ou un Français n’assiste pas à un spectacle au Caire pour voir une Européenne ou une Américaine. Si le nombre des danseuses égyptiennes ne suffit pas, alors elles travailleront plus.» De fait la demande de danseuses égyptiennes est en augmentation. L’insuffisance d’effectif reste pour l’instant palliée par le recours aux étrangères, à condition qu’elles restent hors des shows orientaux.

D’autres estiment que ces étrangères contraintes au départ avaient su se faire aimer du public. Pour les conserver malgré tout, les responsables des grands hôtels et des cabarets ont d’ores et déjà trouvé une parade à la nouvelle loi. «Les gens qui fréquentent les hôtels se sont habitués à voir certaines danseuses. Et je désigne les touristes arabes. Ces danseuses sont arrivées à charmer un grand public. La plupart des Égyptiennes ne respectent pas les horaires du show et elles apparaissent trop tard sur scène. Leurs comportements donnent une mauvaise impression chez nos clients Alors on a trouvé une issue à ce problème; on a signé des contrats avec des danseuses étrangères pour qu’elles présentent d’autres genres de spectacles» explique le responsable des relations publiques d’un grand hôtel du Caire. On peut dès lors s’interroger sur la véritable efficacité de cette loi. «On a accusé les filles de l’Est de pratiquer des tarifs défiant toute concurrence, mais si c’était le vrai problème, pourquoi viser la danse orientale seule? Les shows russes sont toujours autorisés, eux», s’étonne à raison Kitty.

Cet arrangement permet en tout cas à des passionnées de la danse du ventre de rester, même si elles doivent renoncer aux shows trop orientaux. Ainsi Soraya, du Brésil, qui a appris la danse dans son pays et venait perfectionner son talent chez une danseuse égyptienne: «Dorénavant je ne peux plus porter le costume traditionnel, ou je suis sanctionnée par la loi. Je présente un show à l’hôtel Sheraton du Caire, un spectacle où je fais un mélange de musique orientale d’Abd El Wahab et de musique flamenco.» Même chose pour l’Argentine Asmahan, danseuse depuis trois ans. Passionnée, elle est venue en Egypte pour mieux apprendre «cet art fantastique». Elle a réussi à faire son chemin au Caire mais se plaint aujourd’hui de la complexité des procédures afin d’obtenir une licence. Elle aspire un jour à se marier avec un jeune Égyptien pour avoir la nationalité égyptienne, et pour le moment se contente de présenter un show de salsa. Le mariage représente en effet une chance pour ces artistes prêtes à tout pour rester et vivre de leur art. «Plusieurs danseuses étrangères se précipitent pour se marier avec de jeunes Égyptiens et obtenir la nationalité selon la loi de l’immigration. Et par ce subterfuge, elles se garantissent un séjour en Égypte, leur métier et le traitement d’une danseuse égyptienne», observe Raqia Hassan.

Autre situation, qui contourne habilement les dispositions légales, la télévision. «Les danseuses étrangères figurent dans la plupart des clips égyptiens. Si on va au bout de la logique, pourquoi ne le leur a-t-on pas interdit? Il faut décidément réviser cette décision et la changer sinon on risque de perdre ces danseuses étrangères et elles se dirigeront vers le Liban et Chypre. Le secteur de tourisme perdra également des millions de dollars. Si le revenu d’une danseuse en une semaine est estimé à 50000L.E., et que son revenu annuel peut atteindre les 4 millions, imaginez combien des gens peuvent en profiter. Et je cite ici les musiciens, les couturiers, les agents, etc sans compter bien sûr les gains des cabarets et des hôtels», s’inquiète Nagwa Fouad.

Pour les plus convaicues, comme Kitty, cette nouvelle loi, qui laisse passer bon nombre de danseuses entre ses mailles, va surtout à l’encontre de la culture traditionnelle du pays «Je ne prétends pas abroger la loi, mais j’aimerais qu’on me donne les vraies raisons qui m’obligent à partir. Je suis française, mais mon cur est égyptien. Ce n’est pas la même chose de danser pour des Européens, ici il y a une vraie osmose entre l’artiste et le public. Certaines de nous vivent ici depuis vingt ans. De toute façon, il y a toujours eu des enquêtes sur nous. Les autorités sont bien placées pour savoir qu’elles n’ont rien à nous reprocher. Le Caire était un lieu de transmission, il est dommage que l’Égypte perde sa culture. C’est paradoxal, on veut accroître le tourisme et on interdit les danseuses étrangères. »

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